L’intelligence artificielle (IA) est présentée comme une révolution technologique majeure comparable aux plus grandes innovations du passé, rendue possible par les progrès du big data et de la puissance de calcul. Elle constitue un moteur clé de l’innovation, et l’automatisation intelligente pourrait générer d’importants gains de productivité.
Cependant, un paradoxe de productivité persiste, la croissance de celle-ci restant modérée dans de nombreux pays industrialisés. Ce décalage peut s’expliquer par les délais d’adoption de l’IA et les transformations organisationnelles qu’elle impose. Si certaines études montrent des effets positifs sur la productivité individuelle, son impact global sur la croissance demeure difficile à mesurer. L’IA est sur le point de transformer profondément le marché du travail en modifiant la nature des emplois, avec à la fois des destructions et des créations de postes.
Contrairement aux révolutions technologiques précédentes, elle touche désormais des tâches cognitives complexes, menaçant aussi les emplois qualifiés et accentuant les inégalités de compétences. Ainsi, pas loin de 6 emplois wallons sur 10, dont 40 % correspondent à des professions intellectuelles, scientifiques et artistiques, seraient actuellement exposés à l’IA et notamment à sa nature générative. Face à ces défis, la formation et la requalification des travailleurs deviennent des thématiques essentielles. Les bénéfices économiques de l’IA tendent en outre à se concentrer dans quelques pays et grandes entreprises, renforçant ainsi les disparités économiques et géographiques.
Enfin, le développement de l’IA soulève de nombreux enjeux majeurs en matière de régulation économique et éthique, comme la transparence des systèmes, la protection des données, l’ajustement de la fiscalité et la gouvernance. La pleine réalisation de son potentiel économique dépendra d’une coordination étroite entre innovations, transformation sociale et régulation responsable, garantissant un développement durable et inclusif.
Ce Cahier de prospective de l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS) propose de réaliser un balisage des effets potentiels de l’IA, en croisant des approches économiques, technologiques, sociales et politiques.
Illustration : Photographie de Darlene Alderson, libre d’utilisation. Cadrage modifié.